11 mai, extrait du journal de Philippe
Réveil délicat. Il a tellement neigé que l’abside de notre tente s’est effondrée et déchirée. S’habiller en catastrophe, déneiger sous la tempête. Inquiétude en voyant le sérac se charger au-dessus de nous.
13h30. Une coulée nous a partiellement recouverts. Je le pressentais. La partie haute du sérac s’est purgée. Un miracle, aucune tente n’a cédé. Un grand bruit tout proche, l’impression que c’est pour nous, la tente qui se tord, l’habitacle réduit à nos corps. Le silence.
Deux heures pour dégager les tentes et les installer dix mètres plus bas en priant pour que cet espace soit suffisant pour absorber la prochaine purge.
20 h. Luc est persuadé que la prochaine avalanche va nous emporter. Moi j’espère que le froid va tout figer… Ange gardien, vois ce que tu peux faire.
Hubert est angoissé, François a dicté sa chronique à Libé d’une voix très tendue. Paulo n’a eu qu’un message laconique pour nous souhaiter bonne nuit depuis sa tente…
Minuit. Lire, écouter la montagne, maîtriser sa respiration… Si nous mourrons cette nuit, Florent et Laurent seront les deux miraculés de notre expédition. Ironie…
2 h. Il neige toujours. Je m’applique à gérer l’angoisse. Je n’ai pas envie de mourir. Je retrace l’enchaînement de ma vie, toutes les décisions qui m’ont amené sous ce sérac… Refaire l’histoire, contrôler sa respiration, boire, faire pipi, écouter la montagne.
3h30. Appel de Paulo. Tout le monde dehors. Il faut déneiger pour ne pas être écrasés.
4h30. Retour dans nos espaces de survie. Ereintés. Faire fondre la neige, boire, une soupe, essayer de dormir.
8h30. Cloîtrés, nous essuyons une sacré tempête. J’ai moins peur.
9h. Un gros bruit d’avalanche. Loin ? Pas pour nous. Attendre. S’en remettre à Dieu. Si je sors vivant de cette aventure… En attendant il neige toujours.
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