Catégorie : Trek retour (J32-40)

Au jour le jour : Florent témoigne

Florent Valleise

Florent Valleise

Premières impressions de Florent de « retour sur terre » à lire dans un article paru ce week-end (numéro daté du samedi 23 mai 2009) dans la Nouvelle République (page 3 – Vienne actualité).

Extrait :  » Je me sens très bien. Je suis juste un peu fatigué mais c’est une fatigue saine, de montagne ».

Drapeaux

 

 

 

>>> Article complet en ligne : Nouvelle République – samedi 23 mai 2009

Message de Philippe, ce jour, lundi 25 mai, 15h (à Poitiers)

Flash-back (épisode 1)

Lundi 4 Mai : du camp de base (4 900 mètres), nous montons au camp 1 (5 400 mètres), sous le régime soleil jusqu’à midi, neige l’après-midi ; il tombe entre 10 et 20cm tous les jours. Nous finissons le pain de Jacques Mahou, qui aura tenu 3 semaines!  Il est merveilleux!

Mardi 5 Mai :  montée au camp suivant (5 650 mètres) camp 2. Installation sommaire. Florent souffre de la tête.

Mercredi 6 Mai : journée de portage entre les camps 1 et 2. Nous assurons nous-mêmes une partie essentielle du portage contrairement aux autres expéditions « clés en mains ». Très belle montée entre les séracs, très impressionnante. Nous souffrons quasiment tous d’un début de mal aigu des montagnes (MAM), que nous traitons à l’aspirine avec succès.

Jeudi 7 Mai : 4 heures de marche entre les séracs du glacier et quelques passages bien raides équipés de cordes fixes que nous laissons au profit de la technique alpine traditionnelle (piolets et crampons). Nous installons le camp 3 à l’abri d’un sérac de 30 mètres qui devrait nous protéger des jours de mauvais temps attendus. Florent souffre toujours de la tête et se demande s’il pourra continuer.

À demain!

Message de Philippe, dimanche 24 mai, 14 heures (à Poitiers).

Mercredi 20 Mai :  jour de grande frustration. Vers 7 700 mètres, alors que nous progressions allègrement, vers 7 heures 30, Paulo prend la décision de faire demi-tour ; elle s’applique à toute l’expédition, en dehors de François DAMILANO, également guide, qui décide de continuer. Il progresse une centaine de mètres et renonce à son tour « l’atmosphère est trop glauque » nous dit-il.

Nous démontons les tentes installées à 7 400 mètres et commençons la descente, dangereuse, sans visibilité, dans le cumulus qui noircit.

Vers 11 heures 30, nous repassons devant « Arthur », le grimpeur anonyme, mort, figé dans la glace à 7 300 mètres, qui salue de sa posture glacée d’appel à l’aide, les candidats au sommet.

Coup de théâtre, vers 13 heures 30, le ciel s’éclaircit, le beau temps s’installe pour tout l’après-midi nourrissant nos regrets et nos conversations :

- avons-nous fait une erreur de diagnostic météo? Yann, notre routeur météo à CHAMONIX, culpabilise ; il a lu trop tard pour nous en informer, que les cumulus du petit matin se dissiperaient, nous offrant un créneau conséquent pour monter au sommet.

- ne pouvait-on pas dormir une nuit de plus à 7 400 mètres? À cause des 4 jours de tempête, nous avons déjà ajouté 2 jours au process initial. Notre guide a estimé d’une part, que 18 jours à plus de 5 000 mètres étaient une épreuve qu’il ne fallait pas prolonger et d’autre part, que la logistique du retour ne permettait pas de perdre un troisième jour supplémentaire.

Faire l’ascension d’un 8 000 mètres, c’est comme entrer dans la cage du lion. Si on prend trop de risque, si on ne respecte pas le process et le calendrier défini à l’avance, on ferme derrière soi la porte de la cage et l’issue est inéluctable.

Pour ma part, avec 2 côtes cassées dès le 24 avril, j’ai cru longtemps ne pas être en mesure de poursuivre la course. Je ne suis pas trop déçu d’avoir du renoncer avec mes camarades à 7 700 mètres et vous raconterai dans les prochains billets les péripéties, les drames et les joies qui furent nombreux dans cette ascension.

À demain,
Philippe

Message de Philippe (redescendu à 3.400 mètres), ce vendredi 22 mai, 18 heures (Poitiers)

7.700 mètres, altitude maximale!

Mercredi 20 mai : nous sommes au dernier camp et nous ne souffrons pas des phénomènes habituels dus à l’altitude ; nous nous sommes bien acclimatés ; nous avons beaucoup diné et petit-déjeuné. Personnellement, je ne me sens pas atteint par des troubles du comportement et suis prêt à affronter le dernier jour d’escalade pour atteindre le sommet.

La nuit est très froide. Nous nous réveillons vers 3 heures ; il nous faut 2 heures pour nous restaurer et nous équiper avant de sortir de la tente. J’ai quelques inquiétudes, l’extrémité de mes deux pouces étant un peu gelée.

Nous partons, sereins, au lever du jour.

De ce camp 7, nous avons une vue extraordinaire : en dehors du Manaslu, il n’y a aucun sommet plus haut.

Nous progressons avec prudence sur la glace vive, mais rapidement ; nos sacs sont presque vides et nous sommes très motivés.

Vers 7 heures du matin, le ciel se charge douloureusement… La décision de Paulo n’est pas discutable: nous faisons demi tour!

Nous sommes à quelques 4 heures du sommet et nous vivons ce changement de direction comme une injustice, mais nous sommes tous vivants et en bonne santé!

Dans une prochaine chronique (en principe, demain), j’expliquerai plus précisément les raisons de notre renoncement à 500 mètres du but.

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