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Message de Philippe, dimanche 24 mai, 14 heures (à Poitiers).

Mercredi 20 Mai :  jour de grande frustration. Vers 7 700 mètres, alors que nous progressions allègrement, vers 7 heures 30, Paulo prend la décision de faire demi-tour ; elle s’applique à toute l’expédition, en dehors de François DAMILANO, également guide, qui décide de continuer. Il progresse une centaine de mètres et renonce à son tour « l’atmosphère est trop glauque » nous dit-il.

Nous démontons les tentes installées à 7 400 mètres et commençons la descente, dangereuse, sans visibilité, dans le cumulus qui noircit.

Vers 11 heures 30, nous repassons devant « Arthur », le grimpeur anonyme, mort, figé dans la glace à 7 300 mètres, qui salue de sa posture glacée d’appel à l’aide, les candidats au sommet.

Coup de théâtre, vers 13 heures 30, le ciel s’éclaircit, le beau temps s’installe pour tout l’après-midi nourrissant nos regrets et nos conversations :

- avons-nous fait une erreur de diagnostic météo? Yann, notre routeur météo à CHAMONIX, culpabilise ; il a lu trop tard pour nous en informer, que les cumulus du petit matin se dissiperaient, nous offrant un créneau conséquent pour monter au sommet.

- ne pouvait-on pas dormir une nuit de plus à 7 400 mètres? À cause des 4 jours de tempête, nous avons déjà ajouté 2 jours au process initial. Notre guide a estimé d’une part, que 18 jours à plus de 5 000 mètres étaient une épreuve qu’il ne fallait pas prolonger et d’autre part, que la logistique du retour ne permettait pas de perdre un troisième jour supplémentaire.

Faire l’ascension d’un 8 000 mètres, c’est comme entrer dans la cage du lion. Si on prend trop de risque, si on ne respecte pas le process et le calendrier défini à l’avance, on ferme derrière soi la porte de la cage et l’issue est inéluctable.

Pour ma part, avec 2 côtes cassées dès le 24 avril, j’ai cru longtemps ne pas être en mesure de poursuivre la course. Je ne suis pas trop déçu d’avoir du renoncer avec mes camarades à 7 700 mètres et vous raconterai dans les prochains billets les péripéties, les drames et les joies qui furent nombreux dans cette ascension.

À demain,
Philippe

Message de Philippe (redescendu à 3.400 mètres), ce vendredi 22 mai, 18 heures (Poitiers)

7.700 mètres, altitude maximale!

Mercredi 20 mai : nous sommes au dernier camp et nous ne souffrons pas des phénomènes habituels dus à l’altitude ; nous nous sommes bien acclimatés ; nous avons beaucoup diné et petit-déjeuné. Personnellement, je ne me sens pas atteint par des troubles du comportement et suis prêt à affronter le dernier jour d’escalade pour atteindre le sommet.

La nuit est très froide. Nous nous réveillons vers 3 heures ; il nous faut 2 heures pour nous restaurer et nous équiper avant de sortir de la tente. J’ai quelques inquiétudes, l’extrémité de mes deux pouces étant un peu gelée.

Nous partons, sereins, au lever du jour.

De ce camp 7, nous avons une vue extraordinaire : en dehors du Manaslu, il n’y a aucun sommet plus haut.

Nous progressons avec prudence sur la glace vive, mais rapidement ; nos sacs sont presque vides et nous sommes très motivés.

Vers 7 heures du matin, le ciel se charge douloureusement… La décision de Paulo n’est pas discutable: nous faisons demi tour!

Nous sommes à quelques 4 heures du sommet et nous vivons ce changement de direction comme une injustice, mais nous sommes tous vivants et en bonne santé!

Dans une prochaine chronique (en principe, demain), j’expliquerai plus précisément les raisons de notre renoncement à 500 mètres du but.

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