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Message de Philippe, vendredi 29 mai 18h (à Poitiers)

Dernière nuit à Katmandou…

Flash back (épisode 5 et fin)

Mardi 19 Mai : Nuit correcte. Beau temps. Levé 5h, départ 6h pour le dernier camp à 7400m. Hier, Luc a renoncé et est redescendu avec un sherpa. La neige devient glace, bleue, beaucoup plus dangereuse. Nous arrivons sur le dernier plateau et sommes accueillis par un alpiniste mort, qui tend la main comme pour appeler à l’aide. Séquence frisson.
Nous croisons de nombreuses tentes écrasées, j’ai l’impression d’entrer dans un cimetière. On croise quelques zombis avec des masques à oxygène qui arpentent tant bien que mal, cette immense surface de glace, casse-gueule au possible.
D’une dizaine de tentes émergent ici et là des soupirs de douleurs de ceux qui vont devoir passer une nuit à cette altitude.
L’ensemble nous fait grosse impression, je suis assez angoissé… pourtant notre petite équipe est en excellente santé et nous sommes déterminés à réussir le sommet demain. Vous connaissez la fin de l’histoire…

Aujourd’hui 29 mai : dernière nuit à Katmandou avant de reprendre l’avion.

Je veux remercier tous nos sponsors et leur donner rendez-vous fin juin pour la soirée de retour.
Un petit coucou à Fabienne et à sa famille, à Enzo et à l’équipe d’Oasis, un énorme bisou à toute l’équipe du Love Money et à notre webmaster.

Pour répondre à une question par rapport à la déception du sommet, une réponse: on est vivant, on peut apprécier ce qui a été vécu et on peut recommencer.

Dans quelques jours les premières photos de l’expédition (merci Michel).

À très vite,
Philippe

Message de Philippe, ce jeudi 28 mai, 13h (à Poitiers)

Flash back (épisode 4)

Jeudi 14 Mai : Beau temps glacial. Nous enfilons toutes les couches de vêtements que nous possédons. Nous avons finalement passé 6 nuits sous notre sérac, dont 4 de tempête, à nous demander combien de temps il nous restait à vivre… Chacun a géré l’angoisse à sa façon, mais nous avons pu continuer à boire nos 4 litres de neige fondue par jour et à nous alimenter correctement.

Enfin, nous montons à la vitesse de l’escargot à cause de la poudreuse accumulée et nous installons le camp à 6 400 mètres grâce à 2 allers-retours dans la journée.

Vendredi 15 Mai : Objectif : retrouver la tente pleine de matériels, du gaz notamment, que nous avions laissée avant la tempête. Nous avons les coordonnées GPS, mais à 20 mètres près, vagues. Un des sherpas est plus efficace que la haute technologie: sonde en bambou, intuition, il ne nous faut que 4 heures d’efforts avec de la neige jusqu’au cou.

Retour au camp 4. D’autres humains montés du camp de base, nous ont enfin rejoint. Une anecdote: selon Laurent, qui est resté plusieurs jours malade au camp de base, nous passions pour morts…

Samedi 16 Mai : Progression normale, nous installons le camp suivant à 6 800 mètres et faisons 2 portages (cela devient plus facile, le poids de nourriture à transporter diminuant).

Dimanche 17 Mai : Nous sommes encore cloués au camp, par le vent cette fois. 70km/h, rafales à plus de 100, la tente est définitivement l’espace de survie. Nous sommes réellement bien acclimatés et nous ne souffrons pas trop, contrairement aux cordées qui montent et descendent, s’épuisent, manquent d’alimentation et d’hydratation. Lorsqu’ils arrivent, ils ont tout juste la force de monter leurs tentes et s’écroulent alors qu’ils devraient boire 2 litres d’eau minimum ; c’est ce qui est arrivé à 2 italiens l’autre jour, l’un est mort de déshydratation et l’autre a été sauvé in extrémis par des médecins espagnols au camp de base.

Lundi 18 Mai : Mauvaise nuit à cause de deux débuts de gelure aux pouces, qui m’inquiètent. La journée est marquée par une autre péripétie. François veut nous filmer, il s’installe plus haut dans la pente. Ambiance tourbillon de neige à 50km/h, ce doit être effectivement très joli dans le soleil! Nous montons vers lui. Une énorme rafale nous cloue soudain au sol et son sac à dos qu’il avait posé sur la neige s’envole comme un fétu de paille. François hurle son désespoir, il a notamment à l’intérieur son panneau solaire, la connectique, sans parler des affaires de montagne. Par chance, son sac s’arrête 5 à 600 mètres plus bas ; il est quitte pour un nouvel aller-retour …

À demain !

Message de Philippe, ce mercredi 27 mai, 15h30 (à Poitiers)

Flash back (épisode 3)

Lundi 11 Mai : réveil inquiétant, il a tellement neigé que le double toit de la tente que je partage avec Paulo et Luc, est déchiré. Il est tombé plus de 2 mètres. Nos tentes sont complètement ensevelies et nous devons pelleter pour éviter que pareille mésaventure ne se reproduise.

Vers 13 heures 30, le sérac qui nous protége, se purge et notre petit camp est enseveli sous une nouvelle avalanche de neige. Par chance, aucune tente n’a cédé cette fois. Nous reprenons les pelles et déplaçons nos abris de survie de quelques mètres pour tenter d’éviter ces purges importantes. Toute la nuit, nous écoutons la montagne et craignons une nouvelle avalanche plus importante qui pourrait nous ensevelir.

Mardi 12 Mai : vers 3 heures 30, il neige toujours, Paulo nous demande de dégager une nouvelle fois nos tentes. Nous nous équipons et sortons dans la tempête pour préserver notre espace de vie. Cela nous change de l’inquiétude, de l’angoisse, en nous obligeant à nous activer et à penser à autre chose.

Nous finissons le pastis!

Mercredi 13 Mai : au matin, la tempête s’arrête enfin. Nous avons vécu près de 3 jours dans l’expectative ; attendre de la sorte est une expérience inoubliable! Nous nous dissipons pour commencer à tracer une nouvelle voie d’accès vers le haut. Les 2 mètres de neige ont tout gommé, tout recouvert. Comme un peloton cycliste face au vent, nous nous relayons par tranche de 5 minutes, c’est éreintant! Nous progressons de 200 mètres de dénivelé tout au plus.

À demain !

NB : aujourd’hui, 27 mai, nous venons d’arriver à Katmandou, c’est la première douche depuis un mois… Les pouces guérissent, je n’ai plus d’inquiétude à ce sujet.

Message de Philippe, ce matin, mardi 26 mai, 8h30 (à Poitiers)

Flash back (épisode 2)

Vendredi 8 Mai : Florent a toujours mal de tête, il doit redescendre au camp de base. Nous improvisons une petite cérémonie d’adieu ; moment émouvant…

Nous montons au camp 3 et installons nos tentes sous la traditionnelle neige de l’après-midi. Notre routeur météo, Yann, depuis Chamonix, nous prévient de 3 journées pleines de gros mauvais temps à partir de demain après-midi.

Samedi 9 Mai : portage dans la perspective du camp suivant. Nous laissons un gros dépôt de matériel à 6 500 mètres. Toutes les autres expéditions se rendent au camp de base à cause du mauvais temps attendu. Nous serons seuls dans la montagne…

Dimanche 10 Mai Laurent ne va pas bien du tout. Une liaison téléphonique avec les médecins de l’IFREMONT confirme le diagnostic : mal aigu des montagnes ; il doit redescendre immédiatement au camp de base, accompagné de 2 sherpas.

Nous attendons tranquillement la neige en retriant toute la nourriture d’altitude. Moment magique à plus de 6 000 mètres, qui nous rapproche les uns des autres.

À demain !

Message de Philippe, ce jour, lundi 25 mai, 15h (à Poitiers)

Flash-back (épisode 1)

Lundi 4 Mai : du camp de base (4 900 mètres), nous montons au camp 1 (5 400 mètres), sous le régime soleil jusqu’à midi, neige l’après-midi ; il tombe entre 10 et 20cm tous les jours. Nous finissons le pain de Jacques Mahou, qui aura tenu 3 semaines!  Il est merveilleux!

Mardi 5 Mai :  montée au camp suivant (5 650 mètres) camp 2. Installation sommaire. Florent souffre de la tête.

Mercredi 6 Mai : journée de portage entre les camps 1 et 2. Nous assurons nous-mêmes une partie essentielle du portage contrairement aux autres expéditions « clés en mains ». Très belle montée entre les séracs, très impressionnante. Nous souffrons quasiment tous d’un début de mal aigu des montagnes (MAM), que nous traitons à l’aspirine avec succès.

Jeudi 7 Mai : 4 heures de marche entre les séracs du glacier et quelques passages bien raides équipés de cordes fixes que nous laissons au profit de la technique alpine traditionnelle (piolets et crampons). Nous installons le camp 3 à l’abri d’un sérac de 30 mètres qui devrait nous protéger des jours de mauvais temps attendus. Florent souffre toujours de la tête et se demande s’il pourra continuer.

À demain!

Message de Philippe, dimanche 24 mai, 14 heures (à Poitiers).

Mercredi 20 Mai :  jour de grande frustration. Vers 7 700 mètres, alors que nous progressions allègrement, vers 7 heures 30, Paulo prend la décision de faire demi-tour ; elle s’applique à toute l’expédition, en dehors de François DAMILANO, également guide, qui décide de continuer. Il progresse une centaine de mètres et renonce à son tour « l’atmosphère est trop glauque » nous dit-il.

Nous démontons les tentes installées à 7 400 mètres et commençons la descente, dangereuse, sans visibilité, dans le cumulus qui noircit.

Vers 11 heures 30, nous repassons devant « Arthur », le grimpeur anonyme, mort, figé dans la glace à 7 300 mètres, qui salue de sa posture glacée d’appel à l’aide, les candidats au sommet.

Coup de théâtre, vers 13 heures 30, le ciel s’éclaircit, le beau temps s’installe pour tout l’après-midi nourrissant nos regrets et nos conversations :

– avons-nous fait une erreur de diagnostic météo? Yann, notre routeur météo à CHAMONIX, culpabilise ; il a lu trop tard pour nous en informer, que les cumulus du petit matin se dissiperaient, nous offrant un créneau conséquent pour monter au sommet.

– ne pouvait-on pas dormir une nuit de plus à 7 400 mètres? À cause des 4 jours de tempête, nous avons déjà ajouté 2 jours au process initial. Notre guide a estimé d’une part, que 18 jours à plus de 5 000 mètres étaient une épreuve qu’il ne fallait pas prolonger et d’autre part, que la logistique du retour ne permettait pas de perdre un troisième jour supplémentaire.

Faire l’ascension d’un 8 000 mètres, c’est comme entrer dans la cage du lion. Si on prend trop de risque, si on ne respecte pas le process et le calendrier défini à l’avance, on ferme derrière soi la porte de la cage et l’issue est inéluctable.

Pour ma part, avec 2 côtes cassées dès le 24 avril, j’ai cru longtemps ne pas être en mesure de poursuivre la course. Je ne suis pas trop déçu d’avoir du renoncer avec mes camarades à 7 700 mètres et vous raconterai dans les prochains billets les péripéties, les drames et les joies qui furent nombreux dans cette ascension.

À demain,
Philippe

Message de Philippe (redescendu à 3.400 mètres), ce vendredi 22 mai, 18 heures (Poitiers)

7.700 mètres, altitude maximale!

Mercredi 20 mai : nous sommes au dernier camp et nous ne souffrons pas des phénomènes habituels dus à l’altitude ; nous nous sommes bien acclimatés ; nous avons beaucoup diné et petit-déjeuné. Personnellement, je ne me sens pas atteint par des troubles du comportement et suis prêt à affronter le dernier jour d’escalade pour atteindre le sommet.

La nuit est très froide. Nous nous réveillons vers 3 heures ; il nous faut 2 heures pour nous restaurer et nous équiper avant de sortir de la tente. J’ai quelques inquiétudes, l’extrémité de mes deux pouces étant un peu gelée.

Nous partons, sereins, au lever du jour.

De ce camp 7, nous avons une vue extraordinaire : en dehors du Manaslu, il n’y a aucun sommet plus haut.

Nous progressons avec prudence sur la glace vive, mais rapidement ; nos sacs sont presque vides et nous sommes très motivés.

Vers 7 heures du matin, le ciel se charge douloureusement… La décision de Paulo n’est pas discutable: nous faisons demi tour!

Nous sommes à quelques 4 heures du sommet et nous vivons ce changement de direction comme une injustice, mais nous sommes tous vivants et en bonne santé!

Dans une prochaine chronique (en principe, demain), j’expliquerai plus précisément les raisons de notre renoncement à 500 mètres du but.

Message de Philippe, ce 19 mai 2009 à 13h15 (à Poitiers)

Nous avons eu trois jours de très, très, très mauvais temps (10, 11, 12 mai) ; camp bien protégé, mais à 6 200 mètres! Il a beaucoup neigé (2 mètres au moins!)

Les 16 et 17 mai, très mauvais temps avec des rafales de vent à plus de 70km/h! Il était très difficile d’avancer et ce mauvais temps nous a mis en retard.

Aujourd’hui, très belle journée, nous sommes à 7 450 mètres et demain, en fonction de la météo, nous essaierons d’atteindre le sommet (peut-être!).

Si le vent est à plus de 40km/h, nous n’irons pas, car entre la neige et les bourrasques, c’est trop dur. De plus, le terrain est compliqué et nous avons des passages de glace très raides!

Nous redonnerons des nouvelles dans 2 ou 3 jours…

Message de Philippe, ce jour, 22 avril 2009, 14h à Poitiers

Vallée très encaissée, il est très difficile de trouver une liaison satellite.
Hier, 21 avril, journée sous une grosse pluie tropicale ; Aujourd’hui, 5 heures de marche. Nous sommes arrivés dans un lodge à CHANJE, 1400 mètres d’altitude.
Nous venons de prendre une douche (ce qui est exceptionnel!) ; ce sera peut-être la dernière sur les 3 prochaines semaines…
Florent a perdu ses lunettes de soleil, mais la solidarité du groupe lui en procure de nouvelles.
Communication coupée à ce moment là…

Petites nouvelles de Philippe et Florent par liaison satellite

Ce matin, nous avons rencontré l’officier de liaison et les grimpeurs sherpas.

L’officier de liaison travaille à la Cour Suprême ; c’est un honneur, une récompense, pour les fonctionnaires de superviser une expédition et cela représente une année de salaire !

Nous avons rencontré Miss HAWLEY, plus de 80 ans, ancienne journaliste américaine qui est la mémoire de l’himalayisme. Sur son site, qui s’appelle www.himalayandatabase.com, elle référence depuis 50 ans, toutes les expéditions sur les sommets de plus de 8000 mètres.

Cet après-midi, avec Florent, nous avons visité l’École Chantal Mauduit pour envisager une collaboration pour l’apprentissage du français.

Nous partons dans quelques heures en bus pour BESISAHAR et ce sera le point de départ du trek.

À demain …