Retour sur terre : image du jour (4 juin 2009)
L’homme et la nature
Les Manaslu 2009 emmenés par Paulo Grobel s’attaquent au 8e géant du monde. Grandiose!
Crédit photo : Hubert Odier/Manaslu 2009
18 avril - 31 mai 2009
Les Manaslu 2009 emmenés par Paulo Grobel s’attaquent au 8e géant du monde. Grandiose!
Crédit photo : Hubert Odier/Manaslu 2009
« Poitiers, le 2 juin 2009
Chers amis, chers parents,
Hier soir bouleversé, j’ai lu l’intégralité des commentaires que vous avez postés sur le blog Manaslu 2009. Bouleversé, parce que j’ai mesuré combien vous avez suivi cette aventure, combien vous avez vibré à nos difficultés, et à nos douleurs.
Maintenant, je dois, nous devons avec Florent, « digérer » cet épisode exceptionnel de notre vie. Un des moments forts de cette « digestion » sera la venue de Paulo Grobel, fin juin début juillet autour d’une soirée « retour » qui nous permettra de vous raconter en mots et en images.
Merci à ma famille, Eliott mon fils aîné à Montréal, à mon frère Jacques à Tours. Merci aux familles de nos compagnons d’ascension qui ont contribué à faire vivre ce site. Merci à mes amis.
Merci à tous.
À très vite sur ce site pour d’autres photos.
Philippe »
Pour prolonger les « Flash back de Philippe » et mieux appréhender les conditions extrêmes dans lesquelles nos deux alpinistes ont vécu :
Florent et Philippe ont affronté un phénomène physique qui devient redoutable dès lors que l’on est en altitude extrême (+ 5 000 m) : l’hypoxie. Elle entraîne le mal des montagnes, plus ou moins aigu.
L’être humain a besoin d’oxygène pour vivre. Cet oxygène contenu dans l’air est transporté par l’hémoglobine, contenue dans nos globules rouges, et constituant de notre sang.
Si l’apport en oxygène diminue, le sang transporte moins d’oxygène : c’est l’hypoxie. C’est une forme d’asphyxie de notre organisme et des tissus qui le composent entraînant une souffrance cellulaire en particulier aux niveaux cérébral et pulmonaire.
Lorsque l’altitude augmente, la pression atmosphérique diminue. Lorsque la pression atmosphérique diminue, la pression partielle de l’oxygène dans l’air ambiante diminue. Conséquence : il passe une moins grande quantité d’oxygène dans le sang.
L’oxygène est indispensable à l’effort musculaire, l’hypoxie diminue la performance sportive.
À 5000 m le volume d’oxygène est diminué de 30% ; à 8 000 m de 70%. Pour compenser cette rareté d’oxygène, l’organisme a besoin d’un nombre plus important de globules rouges.

Les 10 jours de trek avant l’ascension ont permis aux organismes des équipiers Manaslu 2009 de multiplier leurs globules rouges et d’affronter les derniers 3 000 m de dénivelé dans les meilleures conditions possibles.
L’expérience de Florent et Philippe nous enseigne qu’il existe une grande variabilité individuelle dans la réponse à l’altitude. Pour éclairer la décision de Paulo Grobel, il faut également savoir que pour l’homme, la vie permanente au delà de 4 000 m n’est pas possible ; l’état de santé, après une phase d’acclimatation, se dégradant au fur et à mesure que le séjour se prolonge.
Lundi 11 Mai : réveil inquiétant, il a tellement neigé que le double toit de la tente que je partage avec Paulo et Luc, est déchiré. Il est tombé plus de 2 mètres. Nos tentes sont complètement ensevelies et nous devons pelleter pour éviter que pareille mésaventure ne se reproduise.
Vers 13 heures 30, le sérac qui nous protége, se purge et notre petit camp est enseveli sous une nouvelle avalanche de neige. Par chance, aucune tente n’a cédé cette fois. Nous reprenons les pelles et déplaçons nos abris de survie de quelques mètres pour tenter d’éviter ces purges importantes. Toute la nuit, nous écoutons la montagne et craignons une nouvelle avalanche plus importante qui pourrait nous ensevelir.
Mardi 12 Mai : vers 3 heures 30, il neige toujours, Paulo nous demande de dégager une nouvelle fois nos tentes. Nous nous équipons et sortons dans la tempête pour préserver notre espace de vie. Cela nous change de l’inquiétude, de l’angoisse, en nous obligeant à nous activer et à penser à autre chose.
Nous finissons le pastis!
Mercredi 13 Mai : au matin, la tempête s’arrête enfin. Nous avons vécu près de 3 jours dans l’expectative ; attendre de la sorte est une expérience inoubliable! Nous nous dissipons pour commencer à tracer une nouvelle voie d’accès vers le haut. Les 2 mètres de neige ont tout gommé, tout recouvert. Comme un peloton cycliste face au vent, nous nous relayons par tranche de 5 minutes, c’est éreintant! Nous progressons de 200 mètres de dénivelé tout au plus.
À demain !
NB : aujourd’hui, 27 mai, nous venons d’arriver à Katmandou, c’est la première douche depuis un mois… Les pouces guérissent, je n’ai plus d’inquiétude à ce sujet.

75 articles (billets de Philippe et Florent, cartes postales de François Damilano, billets thématiques…) et près de 200 commentaires postés sur le blog Manaslu 2009 depuis le début de l’expédition. Des commentaires sous forme de messages adressés à Florent, Philippe et autres membres de l’équipe Grobel/Manaslu 2009 : Paulo, François, Luc, Laurent, Pierrol…. Des messages envoyés par la famille, les amis, des passionnés de montagne, des anonymes, des esprits critiques (parfois)…
Tous ces commentaires ont donné à l’aventure himalayienne de Florent et Philippe une vraie dimension émotionnelle. Ils ont permis de patienter en attendant les nouvelles de nos grimpeurs, de partager les impressions et les inquiétudes, de permettre à Florent et Philippe (dès son retour) de mesurer la ferveur qu’ils ont suscitée.
Ces dernières semaines, vous avez été entre 250 et 300 par jour à venir prendre des nouvelles des Himalayistes soit près de 3 000 visites sur la phase finale de l’ascension (14-24 mai). Le blog a enregistré un pic de fréquentation les 19 et 20 mai pour le billet de Philippe en direct du camp 7 à la veille de la tentative d’ascension du sommet : 800 internautes sur deux jours.
Centre presse, Libévoyages, Mond’école (site des enfants scolarisés au Cned), le site de nos partenaires (liste en colonne de droite)… ont fait des liens vers le blog Manaslu 2009.
Philippe va envoyer des billets en direct du Népal jusqu’au 3O mai, date de son embarquement pour la France.
À partir de début juin, le blog va permettre à nos deux Himalayistes de nous en dire plus en mots et en images... et d’annoncer des dates de rencontres.
MERCI
À très vite donc !
Webmaster du site : Philippe Ringuet
Mercredi 20 Mai : jour de grande frustration. Vers 7 700 mètres, alors que nous progressions allègrement, vers 7 heures 30, Paulo prend la décision de faire demi-tour ; elle s’applique à toute l’expédition, en dehors de François DAMILANO, également guide, qui décide de continuer. Il progresse une centaine de mètres et renonce à son tour « l’atmosphère est trop glauque » nous dit-il.
Nous démontons les tentes installées à 7 400 mètres et commençons la descente, dangereuse, sans visibilité, dans le cumulus qui noircit.
Vers 11 heures 30, nous repassons devant « Arthur », le grimpeur anonyme, mort, figé dans la glace à 7 300 mètres, qui salue de sa posture glacée d’appel à l’aide, les candidats au sommet.
Coup de théâtre, vers 13 heures 30, le ciel s’éclaircit, le beau temps s’installe pour tout l’après-midi nourrissant nos regrets et nos conversations :
- avons-nous fait une erreur de diagnostic météo? Yann, notre routeur météo à CHAMONIX, culpabilise ; il a lu trop tard pour nous en informer, que les cumulus du petit matin se dissiperaient, nous offrant un créneau conséquent pour monter au sommet.
- ne pouvait-on pas dormir une nuit de plus à 7 400 mètres? À cause des 4 jours de tempête, nous avons déjà ajouté 2 jours au process initial. Notre guide a estimé d’une part, que 18 jours à plus de 5 000 mètres étaient une épreuve qu’il ne fallait pas prolonger et d’autre part, que la logistique du retour ne permettait pas de perdre un troisième jour supplémentaire.
Faire l’ascension d’un 8 000 mètres, c’est comme entrer dans la cage du lion. Si on prend trop de risque, si on ne respecte pas le process et le calendrier défini à l’avance, on ferme derrière soi la porte de la cage et l’issue est inéluctable.
Pour ma part, avec 2 côtes cassées dès le 24 avril, j’ai cru longtemps ne pas être en mesure de poursuivre la course. Je ne suis pas trop déçu d’avoir du renoncer avec mes camarades à 7 700 mètres et vous raconterai dans les prochains billets les péripéties, les drames et les joies qui furent nombreux dans cette ascension.
À demain,
Philippe
7.700 mètres, altitude maximale!
Mercredi 20 mai : nous sommes au dernier camp et nous ne souffrons pas des phénomènes habituels dus à l’altitude ; nous nous sommes bien acclimatés ; nous avons beaucoup diné et petit-déjeuné. Personnellement, je ne me sens pas atteint par des troubles du comportement et suis prêt à affronter le dernier jour d’escalade pour atteindre le sommet.
La nuit est très froide. Nous nous réveillons vers 3 heures ; il nous faut 2 heures pour nous restaurer et nous équiper avant de sortir de la tente. J’ai quelques inquiétudes, l’extrémité de mes deux pouces étant un peu gelée.
Nous partons, sereins, au lever du jour.
De ce camp 7, nous avons une vue extraordinaire : en dehors du Manaslu, il n’y a aucun sommet plus haut.
Nous progressons avec prudence sur la glace vive, mais rapidement ; nos sacs sont presque vides et nous sommes très motivés.
Vers 7 heures du matin, le ciel se charge douloureusement… La décision de Paulo n’est pas discutable: nous faisons demi tour!
Nous sommes à quelques 4 heures du sommet et nous vivons ce changement de direction comme une injustice, mais nous sommes tous vivants et en bonne santé!
Dans une prochaine chronique (en principe, demain), j’expliquerai plus précisément les raisons de notre renoncement à 500 mètres du but.

Vous avez sans doute remarqué les drapeaux multicolores qui figurent à côté du logo de l’expédition Manaslu 2009, dans le bandeau des gros titres du blog… Ce sont des drapeaux à prières. Les drapeaux de prières sont des panneaux colorés ou petites pièces de tissus rectangulaires souvent suspendues aux passages de cols et sommets dans la région de l’Himalaya notamment.
Le vent qui souffle caresse au passage les formules sacrées imprimées et les disperse ainsi dans l’espace.
Lors de la soirée départ organisée à Poitiers en février dernier, Paulo Grobel nous a confié qu’il en emmenait toujours dans son sac à dos « parce que c’est beau sur la photo… » et peut-être aussi pour attirer les faveurs des dieux gardiens du Manaslu ( Manaslu = « montagne de l’esprit » en sanscrit – voir billet « Manaslu – Le huitième sommet du monde).
Source : Wikipédia - drapeaux à prières
Dès que l’on parle d’expédition en Himalaya, le terme Sherpa arrive très vite dans la conversation. Quelle est l’origine de ce terme et que signifie-t-il ?
Les Sherpas forment un peuple, un groupe ethnique originaire du Tibet. En tibétain, shar signifie « Est » et pa « peuple » ; le mot sherpa désigne donc ceux qui viennent de l’Est.
Ils ont quitté, il y a plus de 500 ans, la province de Kham, à l’est du Tibet pour venir s’établir dans les hautes vallées himalayennes du Népal. Le peuple Sherpa compte aujourd’hui environ 160 000 personnes.
Vivant au pied des hauts sommets, courageux et endurants, les Sherpas ont vite été remarqués et appréciés par les alpinistes occidentaux désireux de conquérir les sommets de l’Himalaya.

Le sens de « porteur en haute montagne » s’est répandu à la suite des grandes expéditions himalayennes. En 1950, Maurice Herzog atteint le sommet de l’Annapûrnâ. En 1953, le britannique Edmund Hillary et le sherpa Tensing triomphent de l’Everest.
Aujourd’hui, des Sherpas sont membres à part entière des expéditions organisées par Paulo Grobel.
Les Sherpas, exposés à la haute altitude depuis des générations, auraient développé des mécanismes physiologiques d’acclimatement génétique : augmentation de la surface alvéolaire et hémoglobine particulière. Leur capacité pulmonaire s’en trouverait donc accrue.
>>>>>en bref : Aujourd’hui, le terme sherpa est couramment utilisé pour désigner ceux qui pratiquent les métiers de la montagne (et non pour désigner les membres de l’ethnie dont il emprunte le nom).
Sources : wikipédia - cnrtl.fr/lexicographie - Paulo Grobel
Nombre couramment admis, quatorze est assurément faux si on entend par sommet une cime bien individulisée et suffisamment distante d’une autre. Ainsi, Le Lhotsé Shar (8 400 m) ne serait-il pas qu’une antécime du Lhotsé ; le Yalung kang (8 505 m) un simple gendarme de l’arête du Kachenjunga ; le pic central de ce même Kachenjunga (8 482 m) qu’une simple pointe…?
Alors le Manaslu, sommet parfaitement indépendant, est-il le 8e sommet du monde ou le 5e? Quelle importance !! Il faudra pour Florent et Philippe gravir un à un les mètres qui conduisent au sommet.
Au pays de l’oxygène rare…
Ils sont quatorze et ce sont des géants.
Des géants de neige et de roc,
immaculés et indestructibles.
Au pays de l’oxygène rare…
dernière marche avant le ciel,
ils nous accueillent au plus près des Dieux.
Du sommet, notre regard embrasse l’horizon des Hommes
et se perd au plus profond de nous.
Du pays de l’oxygène rare…
nous reviendrons…,
forcement différent !
Extrait du site de Paulo Grobel